INTERVIEW DIVERTO. “C’est un sujet qui me touche personnellement”, Karine Le Marchand raconte 100 ans d’immigration dans Les nouveaux français
Dans Les nouveaux Français, 100 ans d’immigration, l’animatrice donne la parole à différents témoins, célèbres ou non, pour retracer l’histoire de l’immigration en France.
Dans Les nouveaux Français, 100 ans d’immigration, Karine Le Marchand raconte son histoire et celle de 13 millions de personnes qui sont immigrés ou descendants d’immigrés. L’animatrice présente et produit ce documentaire inédit, diffusé ce lundi 9 février 2026 à 21h10 sur M6. Elle se donne le défi de raconter cette histoire de la France sous le prisme de l’immigration positive avec les témoignages de plusieurs personnes, connues ou non, à l’instar d’André Manoukian, Alexis Michalik, Rachel Khan, Booder, Gérard Hernandez, ainsi qu’un réfugié syrien et des enfants d’immigrés venant d’Espagne, du Portugal, d’Algérie, du Vietnam et de Pologne. Pour Diverto, Karine Le Marchand explique pourquoi elle a choisi de porter ce documentaire.
Comment est née l’idée des Nouveaux Français ?
M6 cherchait à faire un documentaire sociétal et m’a proposé d’y travailler dessus. On a voulu créer une narration historique basée sur des archives et des témoignages. C’était nécessaire d’avoir toutes ces personnes. Ce n’est pas la même chose de vivre l’arrachement de sa terre pour des raisons financières, de guerre, par amour ou pour ses études. Il fallait présenter tous ces grands flux migratoires et les différentes causes. Nous avons recueilli une vingtaine de témoignages.
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Pourquoi avez-vous accepté ce projet ?
C’est un sujet qui me touche personnellement. Mon père vient du Burundi et est venu en France. J’aime m’attarder sur les différences des personnes et les idées reçues, parce que moi-même, j’en étais l’objet. Je trouve que le communautarisme a beaucoup changé les choses. Je regrette que les gens se définissent parfois uniquement par une origine. Je ne me définis pas uniquement par mon métissage. Je suis une femme, j’ai plus de 50 ans, je suis cheffe d’entreprise, je suis maman… Oui, je suis métisse, mais ce n’est pas que ça qui fait mon identité. On oublie surtout ce qui nous rassemble. J’aime ce qui rassemble, plutôt que ce qui nous sépare.

Vous abordez l’immigration positive. Pourquoi cet axe-là ?
L’objectif est de raconter comment la France est devenue ce qu’elle est aujourd’hui depuis l’entre-deux-guerres. L’immigration est une question centrale dans nos prochains enjeux politiques. La France est riche par ses flux migratoires. Grâce aux témoignages, on ressent ce qu’ils ont dû vivre, abandonner et reconstruire, ainsi que leur amour pour la France. On souhaitait être disruptifs par rapport à tout ce qui se dit sur l’immigration. Ils sont heureux d’être français. Il n’y a qu’à voir les noms de famille dans les écoles, les noms de nos médecins, nos avocats… Un Français sur quatre a deux ancêtres qui ont migré ici. Beaucoup ont réussi et ont fait la richesse de la France par leur métissage et leur culture.
Vous produisez le documentaire et Mathilde Gautry le réalise. Comment avez-vous collaboré ensemble sur ce projet ?
Mathilde a l’habitude de se fondre dans un univers pendant des mois. Elle fait tout : elle filme et écrit. C’est elle qui filmait et interviewait les témoins. Ça a créé de l’intimité dans ces témoignages. Elle est devenue proche avec certains des témoins. J’aime écrire des histoires, apprendre et travailler avec des équipes. J’ai la chance d’avoir plusieurs casquettes. C’est exaltant.
Comment avez-vous trouvé les témoins ?
J’ai fait appel à mes réseaux sociaux comme je le fais maintenant sur beaucoup de mes projets. Et on a eu notre casting qui s’est mis en place comme ça.
Le sujet de l’immigration est parfois tabou au sein même d’une famille. Comment avez-vous convaincu ces anonymes et personnalités à se confier ?
Ça n’a pas été très difficile. Ils savaient que je ne les trahirais pas. On a fourni un important travail d’archives et de contextualisation. Ça leur a fait du bien à tous. Pour certains, ça leur a même permis de briser ce tabou et d’en parler avec les membres de leur famille. Les parents sortaient des boîtes remplies de souvenirs. Ça a vraiment été libérateur.
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Est-ce que certains ont fait part de réticences ?
Ceux qui n’ont pas accepté ne sont pas dans le documentaire. Certaines personnes ne voulaient pas replonger dans des souvenirs. C’est parfois compliqué et douloureux.
Bun Hay Mean est l’un de ces témoins. A-t-il pu voir le documentaire avant sa disparition ?
Non, malheureusement. Sa famille nous a donné son accord pour diffuser son témoignage à titre posthume. On lui rend hommage au début du documentaire.
L’immigration est un sujet qui agite le débat depuis toujours. Craignez-vous les critiques à la diffusion du documentaire ?
Je suis habituée aux critiques. Je ne vois pas ce qu’on peut reprocher au documentaire. C’était important d’opter pour un ton neutre, mais on souhaitait donner la parole à des migrants qui ont réussi.
Le documentaire est prêt depuis un an. Pourquoi est-il diffusé maintenant ?
La production attendait une période politiquement favorable. Elle souhaitait en faire un événement. Ce n’est pas un film d’été et on devait trouver une date pendant laquelle je n’étais pas souvent à l’antenne, comme c’était le cas entre septembre et décembre. Il devait aussi être diffusé entre des périodes d’élections.
Que souhaitez-vous que les téléspectateurs retiennent des Nouveaux Français ?
Que la situation actuelle est en partie due aux décisions politiques. Et que la France ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans ces personnes. Je ne dis pas qu’il faut ouvrir les vannes pour une immigration massive sans restriction. En revanche, il ne faut pas oublier que des gens aiment la France et qu’ils l’ont choisie. Ils sont fiers d’apporter leur travail et ils ont fait beaucoup de sacrifices pour donner un avenir meilleur à leurs enfants. Il faut aussi rendre hommage à la France qui est une terre d’accueil, plus que beaucoup d’autres. J’espère que la France fera toujours rêver. Si un jour les gens ne rêvent plus d’y venir, ça veut dire qu’elle sera dans une mauvaise situation. Il faut tout faire pour que la France reste une terre d’envie.
Considérez-vous que vous êtes une personne engagée ?
Non. Aujourd’hui, le problème est que les gens ont peur de tout et ne disent plus ce qu’ils pensent. C’est fou de croire que l’on est considéré comme engagé, parce que l’on dit ce que l’on pense. Pour moi être engagé, c’était sauver les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale ou risquer sa vie pour sa liberté comme le font les Iraniens actuellement. C’est ça l’engagement. Malheureusement, on est dans une France et dans un monde où les gens ont trop peur de s’exprimer.
Avez-vous déjà d’autres idées de documentaires à venir ?
Pour l’instant, je fais une petite pause en tant que productrice. Je suis avant tout animatrice et je développe également mes activités sur le digital, notamment avec Le club des belles âmes, mon agence matrimoniale, qui fonctionne énormément, tout comme Le domaine des belles âmes (son domaine consacré au bien-être, ndlr) ! Ça me prend beaucoup de temps.
Vous avez créé votre agence matrimoniale en septembre dernier. Quel est le bilan depuis ?
On a déjà plus de 1 000 membres et 500 personnes en liste d’attente. Je ne veux pas qu’on ait un trop grand nombre de personnes. On s’aperçoit que l’on n’apprend pas à aimer à l’école. Aujourd’hui, les applications et les réseaux sociaux ont tellement bouleversé la qualité de l’offre, que les gens ne savent plus créer du lien et déterminer leurs limites et leurs attentes. On oublie complètement les valeurs, le respect, la qualité d’échange avec une autre personne. Tout ça doit se réapprendre. C’est ce qu’on essaie de faire.
Vous êtes aussi de plus en plus présente sur les réseaux sociaux. Pensez-vous à encore plus vous développer sur ces formats ?
C’est un média très intéressant qui est complémentaire, et non pas opposé, à la télévision. J’y prends beaucoup de plaisir. Pour moi, c’est un espace de liberté.